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    Pluzunet

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    Rencontre avec les relais de Pluzunet et Tonquédec 

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    Un peu d'Histoire 

    Au mois de juillet 1908, revenant de Keramborgne, propriété de la famille Luzel à Plouaret, en train jusqu’à Kerauzern, Charles Le Goffic, à pied, prend la route qui franchit à « Pont-Losser les eaux vives du Léguer ».
    Elle débouche par un dernier raidillon (Ar c’hra gozh) sur la grande place de Pluzunet dont l’un des côtés est occupé par le cimetière et par l’église.

    L’auteur de «l’Ame bretonne» livre sa réflexion : « Tout cimetière breton qui se respecte doit avoir son if funéraire, contemporain de l’Eglise et quelquefois plus ancien qu’elle : c’est le cas pour l’if de Pluzunet qui s’est nourri pendant 2 ou 3 siècles du suc des générations couchées à son ombre alors que l’Eglise paroissiale, rebâtie en 1857, ne compte qu’un petit total d’années. Mais le style du monument est assez bon et l’architecte a pris soin d’épargner un joli porche de la Renaissance qui en relève la sévérité.Le clocher, un peu massif à sa base, monte d’un jet puissant… Il ne déparerait point, malgré sa modernité relative, la collection de ces beaux clochers à jour du Léon et du Trégor qui m’apparaissent comme le dernier et le plus magnifique effort de l’âme indigène pour se dégager de l’étreinte de la matière »

    Le 1er édifice bâti en cet endroit a connu de nombreux remaniements ; le porche est de style Renaissance et la tour porte la date de 1669. L’Eglise de Pluzunet garde son cimetière clos par un mur. Un portail d’entrée s’ouvre sur la grande porte de l’Eglise. Le mur est franchissable là où une pierre plate mise de chant permet l’enjambement. Pourquoi cet espace ceint d’un mur entrecoupé d’échaliers ou d’un talus autour des chapelles ? Quand une chapelle n’en possède pas, souvent un champ l’a absorbé.

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    L’enclos est d’abord un espace sacré. Dans le livre de l’Exode, quand Moïse parvient à la montagne de Dieu (Sinaï), il aperçoit un « Buisson ardent » qui ne se consume pas. Il s’en approche. Dieu l’appelle du milieu du buisson. Moïse répond « Me voici ». Il s’entend dire : « N’approche pas d’ici. Ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu que tu foules est une terre sainte » Verset 5, chapitre 3 de l’Exode, second livre de la Bible.

    Dès la plus haute antiquité, le temple désigne un espace sacré où Dieu est présent. Dans cet espace délimité interdit au profane, les progrès techniques aidant, de magnifiques édifices sont construits pour le ou les dieux.

    L’une des salles abrite la statue de la divinité honorée en ce lieu. Le temple de Jérusalem possède son Saint des Saints où le Grand Prêtre n’entre qu’une fois l’an. L’Eglise chrétienne est le sanctuaire où dans le tabernacle, le ciboire contient les hosties consacrées lors d’une Eucharistie.

    Une lumière rouge indique leur présence. Les fidèles s’y rassemblent pour les célébrations. La présence des cimetières est également une spécificité chrétienne. Dans l’antiquité, le culte des morts s’entretient hors des murs de la cité.

     

    A Rome, les sépultures bordent les routes qui conduisent aux villes. Le développement du culte des martyrs et des saints des 1ers siècles du christianisme entraîne le désir d’être enterrés près de leurs reliques. Les cimetières s’établissent autour des églises et des inhumations se font dans l’église même pour les privilégiés : pratique dangereuse pour l’édifice.


    De son passage au bourg de Pluzunet, Charles le Goffic retient l’église, son porche, sa tour et l’if du cimetière. La présence de l’if, s’explique par ses aiguilles toujours vertes, sa longévité : symboles d’éternité. Pluzunet, si l’on s’en tient à ce qu’affirme Yannick Pelletier dans son introduction aux « Enclos paroissiaux », possède un enclos paroissial mais pas un « ensemble paroissial » ; « L’ensemble paroissial, écrit-il, comprend 4 éléments : église, entrée monumentale, calvaire, ossuaire ». L’auteur y ajoute un 5ème élément, le ou les retables « souvent d’une luxuriance baroque ». Le mur d’enceinte du cimetière protège une sorte de cité des âmes. Pour elle, rien n’est trop beau. La paroisse guidée par son recteur aidé d’un gouverneur élu par l’Assemblée générale des fidèles appelée « Le Général » y dépense tous ses efforts d’art.

    Les annexes de l’église sont l’objet de tous les soins. « Aucun peuple, écrit H. Waquet dans « Art Breton », nulle part, ne décora plus amoureusement, ses fontaines sacrées, ne composa des calvaires, des ossuaires, des portes monumentales de cimetières comparables à ceux de Basse- Bretagne.

    Cet espace sacré et par le fait même clos, il faut le préserver du passage des animaux mais sans pour autant l’entourer d’un mur infranchissable. Il faut éviter de créer une barrière intangible entre le monde des vivants et le monde des morts. Dans ce lieu les vivants et les morts se rencontrent. Le passage du profane au sacré demande un effort exprimé par le franchissement de l’échalier.

    Dans l’enclos paroissial, l’église dont la haute flèche élève l’âme est entourée du calvaire de l’espérance et de l’ossuaire de la fin des vanités.
    Les décors des églises, la statuaire des calvaires et des ossuaires enchantent les yeux et instruisent les fidèles : une vraie Bible. Ces enclos sont l’expression d’une croyance, d’une volonté mais aussi celle de l’accroissement de la richesse paroissiale accompagnée parfois d’un petit supplément d’orgueil voire de domination.


    Jean-René Geffroy